Pr. Prosper Kompaoré
Une vision devenue mouvement.
Universitaire, dramaturge, metteur en scène et pionnier du Théâtre pour le Développement, Prosper Kompaoré a consacré sa vie à faire du théâtre un espace de dialogue, de recherche et de transformation sociale.
Découvrir son parcours
Une vie au service de la culture et du développement
Pour Prosper Kompaoré, le théâtre n’avait pas vocation à divertir uniquement. Il devait devenir un langage partagé, capable d’aider les communautés à analyser leurs réalités, à dialoguer et à construire leurs propres réponses face aux défis sociaux.
En 1978, avec un groupe de jeunes étudiants et d’amis, il fonde les Amateurs du Théâtre Voltaïque, devenus l’Atelier Théâtre Burkinabè en 1985. Dès l’origine, la compagnie défend une vision ambitieuse : construire un théâtre africain profondément enraciné dans les réalités culturelles, tout en le mettant au service de l’éveil des consciences et du changement social.
Au fil des décennies, cette conviction s’est transformée en méthode, en institution et en mouvement. Elle a nourri des créations artistiques, des recherches, des festivals, des réseaux de praticiens et plusieurs générations d’artistes engagés.
Faire de l’expérience théâtrale une force de transformation, de responsabilité et de transmission.
Les étapes d’une vision en construction
L’histoire de Prosper Kompaoré ne se résume pas à une succession de dates. Elle raconte la maturation progressive d’une conviction : faire du théâtre un outil d’expression, de participation et de transformation sociale.
D’une troupe de jeunes passionnés à un mouvement reconnu au-delà des frontières, chaque étape a permis d’approfondir une même recherche : rapprocher la scène des réalités vécues par les communautés.
1978
Donner une mission au théâtre
Le 18 juin 1978, Prosper Kompaoré fonde avec un groupe de jeunes étudiants et d’amis les Amateurs du Théâtre Voltaïque. Dès l’origine, leur ambition dépasse le divertissement : contribuer au développement du pays par l’éveil des consciences.
1979–1981
Aller à la rencontre du monde rural
La troupe sillonne les villages pour présenter des spectacles liés aux réalités quotidiennes des populations. Chaque représentation est prolongée par un débat, souvent organisé en langue nationale.
1981–1983
Faire entrer les réalités urbaines sur scène
Encouragée par l’expérience du théâtre rural, la troupe développe le théâtre de quartier. Elle met en scène les difficultés des villes africaines : scolarisation, jeunesse, alcoolisme, exclusion ou injustice.
1983
Faire du spectateur un acteur
L’ATB adopte la dénomination Théâtre-Forum pour désigner une pratique déjà expérimentée sur le terrain. Le spectacle expose une situation problématique, puis le public intervient pour proposer et tester des solutions.
La représentation ne donne pas une réponse toute faite. Elle crée les conditions pour que la communauté cherche elle-même les chemins du changement.
1985
De l’ATV à l’Atelier Théâtre Burkinabè
Les Amateurs du Théâtre Voltaïque deviennent l’Atelier Théâtre Burkinabè. Cette évolution marque une nouvelle étape artistique et institutionnelle.
1988
Relier les expériences du monde
La célébration des dix premières années de l’ATB ouvre la voie au Festival international de Théâtre pour le Développement. La rencontre favorise les échanges entre compagnies engagées dans le changement social.
1994
Semer pour multiplier
Avec l’opération « Semailles », l’ATB accompagne la création de compagnies autonomes dirigées par d’anciens comédiens-formateurs. La méthode quitte le seul cadre de l’institution et se diffuse durablement.
1997–2002
Créer des rendez-vous pour la jeunesse
La création du CASEO, du Concours de Théâtre Forum et du CAPO donne à de nouvelles générations la possibilité de découvrir la scène, de développer leur créativité et de prendre la parole sur les enjeux de société.
2005–2007
Approfondir la participation
L’ATB poursuit ses recherches avec le Théâtre communautaire et le Théâtre procès. Les communautés participent davantage à la création, à la mise en scène, au débat et à la formulation d’engagements concrets.
Aujourd’hui
Une vision qui continue d’agir
L’École de Théâtre, les créations, les troupes partenaires, les publications et les programmes pour la jeunesse prolongent aujourd’hui cette vision fondatrice.
L’héritage de Prosper Kompaoré ne repose pas uniquement dans les archives de l’ATB. Il vit dans les artistes, les formateurs, les chercheurs et les communautés qui poursuivent cette expérience.
De la vision aux grandes innovations
Le parcours historique ouvre sur un laboratoire artistique qui a profondément transformé la relation entre la scène, le public et les communautés.
Inventer un théâtre qui agit
Sous l’impulsion de Prosper Kompaoré, l’ATB s’est affirmé comme un laboratoire permanent. Chaque innovation répond à une même ambition : rapprocher la création artistique des réalités humaines et donner au public un rôle actif dans la recherche de solutions.
De la représentation à la participation
Le travail de recherche engagé par Prosper Kompaoré a conduit l’ATB à faire évoluer progressivement la relation entre la scène et la salle. Le spectacle devient un espace de dialogue où l’on peut questionner une situation, intervenir, argumenter et expérimenter d’autres comportements.
Cette démarche ne sacrifie jamais l’exigence artistique. Elle associe dramaturgie, jeu d’acteur, médiation, traditions orales et connaissance fine des contextes sociaux.
L’innovation ne consiste pas seulement à créer une nouvelle forme. Elle consiste à inventer une nouvelle relation entre l’œuvre, le public et la société.
Théâtre-Forum
Théâtre-Forum
Une pièce présente une situation de blocage, de conflit ou d’oppression. Lors de la reprise, les spectateurs montent sur scène pour proposer et expérimenter d’autres réponses.
- Présentation d’une situation problématique
- Intervention du Joker
- Entrée en scène des spect-acteurs
- Débat collectif et recherche de solutions
Théâtre communautaire
Théâtre communautaire
Les habitants ne reçoivent pas une histoire extérieure. Ils participent à la recherche, à l’écriture, au jeu et à la restitution publique de leurs propres réalités.
- Collecte de la parole communautaire
- Création avec les différentes composantes sociales
- Restitution publique
- Engagement des acteurs locaux
Théâtre procès
Théâtre procès
Après la représentation, le public se divise entre accusation et défense. Les arguments sont confrontés, éclairés puis soumis à une délibération collective.
- Mise en scène d’un procès
- Réquisitoires et plaidoiries
- Éclairage technique des magistrats
- Verdict prononcé par le public
Esthétique inculturée
Dramaturgie inculturée
La recherche artistique puise dans les traditions orales, les langues, les symboles et les formes de participation propres aux sociétés africaines.
- Valorisation des imaginaires locaux
- Dialogue entre tradition et modernité
- Langages accessibles aux communautés
- Exigence esthétique et portée sociale
Une même philosophie : faire circuler la parole
Ces formes théâtrales diffèrent dans leur construction, mais elles reposent toutes sur une même conviction : aucun changement durable ne peut être imposé de l’extérieur. Il se construit avec les personnes concernées.
Du Burkina Faso au monde
En formant des troupes, en accueillant des chercheurs, en participant à des festivals et en intervenant auprès d’institutions internationales, Prosper Kompaoré et l’ATB ont contribué à faire circuler l’expérience du Théâtre pour le Développement bien au-delà du Burkina Faso.
Une expérience née à Ouagadougou est devenue un langage partagé entre artistes, chercheurs et acteurs du développement de plusieurs continents.
Afrique de l’Ouest
Niger, Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali, Guinée, Togo et Bénin.
Afrique centrale, orientale et australe
Tchad, Cameroun, Ouganda, Sierra Leone et Afrique du Sud.
Europe et Amériques
Belgique, France, Grande-Bretagne et Brésil, à travers tournées, formations et collaborations.
Océan Indien
Madagascar et Île Maurice, dans le cadre de la transmission des méthodes du Théâtre pour le Développement.
Former des artistes, relier des expériences, créer des réseaux
Le rayonnement international de Prosper Kompaoré repose moins sur une logique de diffusion que sur une logique d’échange. Chaque mission devient l’occasion d’apprendre, de transmettre et d’adapter les pratiques aux réalités culturelles locales.
Transformer l’expérience en expertise
Pour Prosper Kompaoré, la pratique théâtrale ne devait pas rester enfermée dans l’instant de la représentation. Elle devait être analysée, documentée, confrontée à la recherche et transmise aux générations suivantes.
Une œuvre à la croisée de l’art, de la pédagogie et du développement
Les publications, revues, pièces et travaux produits autour de l’ATB permettent de préserver les enseignements du terrain. Ils offrent aux artistes, aux chercheurs, aux étudiants et aux acteurs du développement des outils pour comprendre et adapter le Théâtre pour le Développement à de nouveaux contextes.
Une expérience qui n’est pas capitalisée risque de disparaître. Une expérience transmise devient un patrimoine collectif.
Faire du théâtre pour développer
Faire du théâtre pour développer
Un ouvrage de référence consacré à la conception, à l’animation et à l’évaluation des pratiques du Théâtre pour le Développement.
Les voix du silence
Les voix du silence
Une œuvre emblématique associée au parcours artistique de Prosper Kompaoré et au rayonnement international de l’Atelier Théâtre Burkinabè.
Mudança de cena
Mudança de cena
Une publication qui témoigne de la circulation internationale des expériences, des méthodes et des réflexions portées par le Théâtre pour le Développement.
Enjeux de Scène
Enjeux de Scène
Une revue dédiée à l’analyse des arts du spectacle, à la documentation des pratiques de terrain et à la réflexion sur les transformations du théâtre africain.
Une pensée nourrie par le terrain
Les travaux conduits autour de Prosper Kompaoré et de l’ATB articulent en permanence création artistique, participation populaire et efficacité sociale.
Esthétique dramaturgique africaine
Rechercher des formes de mise en scène enracinées dans les traditions, les langues, les symboles et les modes de participation propres aux sociétés africaines.
Participation du public
Explorer les moyens de faire du public un acteur du spectacle, du débat et de la recherche de solutions aux situations présentées.
Changement social
Comprendre comment le théâtre peut soutenir la sensibilisation, le changement de comportement, la mobilisation communautaire et l’engagement citoyen.
Capitalisation et transmission
Documenter les expériences, produire des ressources pédagogiques et transmettre les méthodes aux artistes, formateurs, ONG et chercheurs.
Des ressources pour apprendre, enseigner et prolonger la recherche
Les publications de l’ATB sont destinées aux artistes, aux étudiants, aux universitaires, aux troupes et aux organisations qui souhaitent utiliser le théâtre comme outil de dialogue et de transformation sociale.
Une œuvre reconnue
Les distinctions reçues par l’Atelier Théâtre Burkinabè témoignent de la qualité artistique et de la portée sociale d’une œuvre collective construite sous l’impulsion de Prosper Kompaoré.
Cette sélection présente les reconnaissances institutionnelles obtenues par l’ATB. Les distinctions personnelles du fondateur pourront être ajoutées lorsqu’elles auront été documentées et validées.
Premier Prix du spectacle vivant de la Francophonie
Reconnaissance obtenue lors des Rencontres francophones du spectacle vivant.
Distinction ATBPremier Prix au Grand Prix national de Théâtre
Prix remporté avec la pièce « L’Or du diable ».
Distinction ATBPremier Prix au FESTHEF
Une reconnaissance du rayonnement artistique de l’ATB sur la scène théâtrale régionale.
Distinction ATBMeilleure mise en scène et meilleure compagnie de sensibilisation
Double reconnaissance lors de la première édition des trophées Lompolo.
Distinction ATBMeilleure compagnie théâtrale
Une distinction qui confirme la place de l’ATB parmi les institutions majeures du théâtre burkinabè.
Distinction ATBLa reconnaissance la plus durable reste l’impact transmis
Les trophées consacrent une œuvre. Mais la véritable mesure de son influence se trouve dans les artistes formés, les troupes créées, les méthodes partagées et les communautés qui ont repris la parole.
Son héritage ne se conserve pas. Il se transmet.
L’œuvre de Prosper Kompaoré se mesure autant dans les créations et les institutions qu’il a contribué à bâtir que dans les personnes auxquelles il a transmis une méthode, une exigence et une responsabilité.
Construire une institution capable de poursuivre le chemin
Transmettre ne consiste pas uniquement à enseigner une technique de jeu ou une méthode d’animation. Cela signifie préparer d’autres artistes à rechercher, créer, former, diriger et adapter les outils du théâtre aux réalités de leur époque.
Cette philosophie explique la place accordée à l’École de Théâtre, aux formations de troupes, aux rencontres professionnelles, aux publications et à la responsabilisation progressive des équipes.
Le véritable héritage d’un fondateur apparaît lorsque son œuvre peut continuer à grandir au-delà de sa seule présence.
Préparer des artistes complets
Transmettre le jeu, la mise en scène, l’expression corporelle, la dramaturgie et les méthodes du Théâtre pour le Développement.
- École de Théâtre
- Stages et ateliers
- Formation des formateurs
- Accompagnement des jeunes artistes
Faire naître d’autres initiatives
Accompagner des compagnies autonomes et créer des réseaux capables d’adapter les méthodes aux contextes locaux.
- Opération Semailles
- Troupes partenaires
- Réseaux professionnels
- Coopérations internationales
Préparer la continuité
Permettre aux équipes de maîtriser toutes les étapes de la création, de la production, de la diffusion et de la transmission.
- Autonomie des équipes
- Transmission des responsabilités
- Capitalisation des méthodes
- Pérennité institutionnelle
Une école, un réseau, une relève
L’ATB a formé et accompagné des artistes issus de différentes générations. Certains sont devenus comédiens, metteurs en scène, animateurs, formateurs ou responsables de leurs propres compagnies.
Cette chaîne de transmission permet à la vision fondatrice de se renouveler au contact de nouvelles réalités sociales, artistiques et technologiques.
Chaque génération reçoit une méthode, mais aussi la liberté et la responsabilité de la faire évoluer.
L’École de Théâtre
Acquérir des bases solides et développer une véritable conscience artistique.
Les ateliers et productions
Expérimenter des formes nouvelles et confronter la création aux réalités sociales.
Les formateurs et troupes partenaires
Partager l’expérience avec d’autres artistes, institutions et communautés.
La relève
Porter la vision de l’ATB dans de nouveaux contextes et avec de nouveaux langages.
Une mémoire en mouvement
Des répétitions aux rencontres institutionnelles, des scènes aux espaces de formation, ces images témoignent d’une histoire construite collectivement.
« Le combat culturel demande une énergie constante, car rien n’est acquis d’avance. »
D’une troupe fondée par quelques jeunes passionnés à une institution de référence, l’histoire de l’ATB témoigne de ce qu’une vision enracinée, patiente et partagée peut accomplir.
Découvrir l’histoire de l’ATB